Portrait réalisé à l'école de journalisme.

Globe-trotter
Denis Herzog, fraîchement retraité, s'apprête à faire le tour du continent américain avec son épouse, à bord d'un 4x4 aménagé.
Portrait d'un infatigable globe-trotter.
Ça commence comme dans un album de Tintin. Un couple embarque sur un navire pour 23 jours de traversée. On les imagine sur le pont, regardant le port du Havre s'éloigner lentement.
Le 30 Octobre prochain (2010), Denis et Yveline Herzog, 57 ans tous les deux, embarqueront avec leur 4x4 entièrement équipé sur un cargo transportant des automobiles et des conteneurs. Ils feront partie de la poignée de civils, (pas plus de 12), autorisés à voyager sur un navire de ce type.
Ce voyage, Denis Herzog le prépare avec passion depuis plus de deux ans. Avec son jean délavé, son T-shirt bleu et son grand sourire franc, il met très vite à l'aise. Un léger accent indique qu'il est d'Alsace. Il a la blague facile et des yeux bleus rieurs derrière ses lunettes à monture noire. En deux temps trois mouvements, il ouvre les portières du 4x4 et se hisse sans difficulté sur le toit, ou plutôt dans la tente pliable harnachée sur le toit. Cabine de douche qui se déplie, tiroirs sur mesure, et réservoir d’essence supplémentaire, tout a été pensé pour pouvoir vivre dans le véhicule.
 
45 000 km de grands espaces
Ravi de montrer son oeuvre, Denis Herzog ouvre fièrement les tiroirs, expliquant une soudure faite ici, désignant l'emplacement du réchaud à gaz ou de la balise satellite qui les localisera pendant tout leur périple.
45 000 km de routes et de grands espaces les attendent. Ces amoureux de nature iront de Buenos Aires à Ushuaïa en passant, entre autres, par la Cordillère des Andes, la Colombie, le Mexique, les parcs de l’ouest américain, et pourquoi pas un petit tour en Alaska? Et tout ça en un an.
Depuis un mois, depuis qu’il est officiellement en retraite, Denis Herzog trépigne d'impatience. Et quand il s'agit de voyage, l'ancien instit' est plutôt prolixe. Lunettes sur le nez, il disparaît dans son bureau. L'imprimante se met en branle et il vous tend, tout sourire, un tableau sur une feuille A4. Tous les voyages depuis 1990 y sont répertoriés, avec des codes couleurs qui précisent avec quel couple d'amis les Herzog ont voyagé. Kenya, Mexique, Tunisie, Maroc, ou Inde. C'est que l'ancien instituteur a le souci de la précision. « Il est très pointilleux », confirme sa discrète épouse Yveline. « Quand on rentre de vacances, il regarde les rush des vidéos et il dit: il n'y a rien de bien ».
 
Poupée russe
Parce qu'il fait aussi de la vidéo. Et là encore, cette petite maniaquerie : les films sont rangés, classés par année. Le montage est soigné. « Il est rigoureux. Tout ce qu'il fait, il le fait à fond! » témoigne Maurice, un ami agriculteur qui part souvent en famille avec les Herzog.
Avant un voyage c'est toujours la même histoire. Denis potasse les guides touristiques, cherchant ce qui intéressera le plus les amis. Il traque le bon plan sur internet, l'aubaine d'un billet d'avion pas trop cher. Il réfléchit à un moyen de se déplacer sur place. La péniche en Camargue pour être au plus près de la  nature, la mobylette en Thaïlande pour sillonner les villages.
Pour ceux qui l'accompagnent aucune crainte, la confiance est totale. « S'il y a  un souci, cela ne peut être qu'un problème mécanique », confie Maurice avec son fort accent alsacien. « L'organisation est toujours irréprochable ».
Denis Herzog est un hyperactif. Une véritable poupée russe. On découvre au fil de la conversation d’autres passions, d’autres défis. « C’est qu’une passion en chasse une autre », justifie-t-il.
Tour à tour archéologue amateur, moniteur de plongée, VTtiste, skieur, spéléologue, écologiste (militant à une époque), féru d'informatique, passionné de nature et des animaux (il participe à la réintroduction du lynx en Alsace et du Grand Duc dans le Sundgau), et plutôt bon bricoleur.
 
« Un instit' qui riait beaucoup »
Il en deviendrait presque énervant. On cherche la faille. « Un peu grande gueule », analyse-t-il, interrogé sur ses défauts. "Je parle trop", dit-il en souriant. « Susceptible aussi, un peu soupe au lait. »
Pour ses proches, son principal défaut est aussi sa qualité. « Il aime tellement transmettre que parfois, il a du mal à comprendre, que nous, on est  peu intéressé », rigole sa fille Claire, 35 ans, évoquant de longues discussions sur l'informatique.
Peut-être une déformation professionnelle liée à un métier qu'il adore. Professeur des écoles, il ne se serait rien vu faire d'autre. « Qu'est-ce qu'il y a comme joies dans ce métier là! », s'exclame-t-il.
Il regrette seulement la tournure que prend le métier « avec toujours plus de paperasses ». Monique accompagnait les sorties scolaires à Heiteren, elle garde de Denis Herzog le souvenir « d'un instit' qui riait beaucoup ». « Il n'hésitait pas à se déguiser avec les enfants. Mais quand il fallait travailler, il savait remettre le calme. »
 
Du Maroc à la Scandinavie
Issu d'une famille « pas spécialement voyageuse ». Denis Herzog vit une enfance heureuse près de Sélestat. A 15 ans, il rentre à l'école normale. Son envie de voyager naît avec les récits de son frère qui lui raconte le Sahara et ses dunes.
Après son mariage, à 22 ans, il part au Maroc enseigner le français. De retour en France, il a deux enfants. Sa fille aînée est toute petite lorsqu'il part en famille, canoë sur le toit de la voiture, direction les fjords de Scandinavie. Avec le projet de construction d'une maison, les voyages se font plus rares. Il divorce en 1985 et arrive à Heiteren en 1989. Il rencontre Yveline et les deux enseignants se partageront pendant 20 ans les deux niveaux de la petite école.
Comme ces vrais campagnards qui connaissent les coins à champignons, Denis Herzog sait dire où l’on peut voir les plus beaux couchers de soleil. En Suède, la lumière est magnifique en juin. Et  en novembre il ne faudra pas louper les baleines à la péninsule de Valdès en Argentine. Ce qui est certain, c'est  que Denis Herzog, lui, y sera.
 
Blandine Levite - Journaliste